10.05.2006 | Page de garde
Mathieu Venon est un peintre rêveur, son regard doux et bleu le propulse dans la lune, une lune imaginaire de Méliès qui sourit et fait de l’oeil. En 1995, cet autodidacte, né vingt-cinq ans plus tôt, quitte le pavé luisant de Paris, où se reflètent les étoiles, pour l’hémisphère sud et son ciel constellé à l’envers. Faute d’être astronaute, ce cuisinier de formation ne tarde pas à troquer ses fourneaux pour des pinceaux et à accommoder les couleurs à la place des primeurs. Dès sa première exposition en 1996 à Nouméa, consacrée au jazz – swing, sax and sun…light – il pratique un style affichiste. Sa ligne est claire et ses aplats déclinent les tons d’une note forcément bleue. Une autre exposition sur des vaches, psychédéliquement plus proche du Pink Floyd que du broussard, montre son goût pour la couleur et un trait figuratif qui va le mener rapidement vers l’abstraction. S’il peint les femmes, c’est dans une ambiance hédoniste où elles s’ébattent longilignes et alanguies dans un bain… de minuit. La forme arrondie et sensuelle est potentialisée par la clarté d’une pleine lune pour héros de Saint-Exupéry. Il est, également, passionné par les enfants qu’il éveille aux arts plastiques dans ses ateliers du mercredi après-midi. Il en fait des Petits Princes du crayon, du pinceau et du collage, capables de débusquer des formes imaginaires dans le moutonnement des nuages. Sa gentillesse et sa curiosité le poussent à fréquenter les autres artistes du voisinage, à s’investir dans des expositions communes qui puisent dans les racines du pays – Ko Névâ entre autres. Il crée des affiches de spectacles, illustre des couvertures de livres, des revues poétiques, peint des fresques, fait des installations (la sculpture l’intéresse de plus en plus) et participe à la vie sociale pour des sujets aussi emblématiques que le Sida ou la guerre – Il serait plutôt du genre « Guerre nique ta » en verlan. Amoureux des signes, Mathieu Venon a atteint une maturité technique, baignée d’Océanie, tournée vers une abstraction à l’écriture graphique automatique. Patchwork coloré, composition maîtrisée laissent l’esprit du visiteur vagabonder dans l’univers de ses toiles, à la recherche des formes de son choix. On en revient au cosmonaute de son enfance…
Roland Rossero
17:20 Publié dans présentation de l'artiste | Lien permanent | Commentaires (0)
