Présentation de l'exposition

15.05.2008 | Présentation de l'exposition

Odyssée au long cours
Mathieu Venon

Les baleines, mammifères mythiques peuplant nos océans, ont nourri contes et légendes d'hier et d'aujourd'hui. Adorées des enfants et des hommes, elles subissent pourtant la barbarie de l'être humain, l’atrocité de ses rites, sa folie destructrice et sa volonté d'appropriation du milieu marin (et de la terre dans sa globalité). Quelques uns les protègent, d’autres les chassent ou les pourchassent. Pour qui, pourquoi ? Chaque jour, un peu partout sur la planète, les déchets polluants que nous rejetons provoquent un déséquilibre irréversible. Nous sommes tous impliqués, tous responsables. Nos océans semblent préparer un avenir de moins en moins limpide pour les cétacés.

Cette exposition n'est ni un manifeste pessimiste ni un constat de désolation, c'est ma façon de communiquer mon sentiment sur cette cause en particulier ; ces créations ne relèvent pas du constat scientifique, elles sont le résultat d’une recherche personnelle nourrie de rencontres humaines et de récits littéraires.

L'artiste ne détient pas la vérité : il est un filtre, un catalyseur, il absorbe les informations et les retranscrit avec toute sa sensibilité, selon son mode d'expression ; il peut aussi, parfois, être visionnaire, et imaginer le pire comme le meilleur. Mais il est toujours un témoin.
J'ai confiance en l'Homme, mais je sais aussi qu'il ne pourra vivre sans un environnement définitivement préservé. De cela dépend son épanouissement, sa capacité à s'émerveiller, à croire, à rêver d'un monde idéal.

Certaines de ces œuvres traduisent le mal et la détresse engendrés par les hommes, elles racontent aussi la pêche héroïque, le souvenir du passé, les rites ancestraux auxquels les baleines sont liées ; elles évoquent également les thèmes du cinéma ou de la littérature qui ont inspiré les illustrateurs. Quelques unes sont plus subjectives, voire abstraites, d’autres sont narratives, illustratives, cartographiques ou même scientifiques. La représentation des baleines est entrée dans l'imagerie populaire, c'est pour cette raison que les styles picturaux s'entrechoquent et se confondent. Les deux quadriptyques consacrés aux mœurs des baleines à bosse décrivent leurs relations sociales, leurs rites de reproduction, leurs migrations, leurs chants… dans un milieu préservé, comme dans un rêve de vie en liberté, avec l’espoir d’une harmonie encore possible, sans présence humaine : un sanctuaire utopique.

L’homme ne meurt pas tant qu’il sait rêver, et le rêve de l’Homo Delphinus vivra tant que l’homme, n’aura pas totalement détruit la mer.
Jacques Mayol 1983


Mathieu Venon ou la complainte des baleines


Entendez-vous cette plainte qui s’élève depuis les profondeurs de l’immensité bleutée ? Cette mélopée venue des abysses, captée par l’artiste et retransmise à la surface de ses tableaux où elle résonne entre les coups de pinceaux ?

C’est le chant funèbre des baleines, des rorquals, des cachalots.
C’est l’appel de détresse de ces géants des mers dont l’existence, dont la survie même sont sérieusement compromises par les activités humaines.

Tendez l’oreille, ouvrez les yeux, écoutez le message des cétacés peints par Mathieu !

Ils sont venus nous dire que le Grand Bleu n’est plus aussi bleu, qu’il vire au rouge sang.
Ils sont venus nous dire qu’ils ne sont plus aussi nombreux. Que, bientôt, ils risquent de n’être plus qu’un souvenir.

Car les pollutions, les perturbations soniques, la surexploitation des ressources marines, les filets de pêche dérivants, les collisions avec les navires et, bien évidemment, la chasse baleinière sont autant de facteurs qui réduisent irrémédiablement leurs effectifs.

En utilisant ses humbles armes - les couleurs et les pinceaux - et en donnant libre cours à son imagination, Mathieu Venon entend interpeller le spectateur sur ces menaces qui pèsent lourdement sur les différentes espèces de baleines, lesquelles se retrouvent, chaque jour davantage, proches de l’extinction.

Et c’est, non sans ironie, à travers quelques références à l’art multiséculaire des estampes japonaises que l’artiste dénonce dans ses œuvres cet état de fait catastrophique, cette terrible situation, dont l’empire du Soleil levant, avec ses chasses à la baleine intensives, est en partie responsable. En effet, sous prétexte de vouloir mener des recherches scientifiques, les pêcheurs japonais tuent environ 1 000 baleines par an. Et, au final, leur chair, aliment de luxe pour les Nippons, se retrouve bien souvent dans les assiettes des restaurants.

C’est donc en s’appuyant sur certains modes et effets de représentation propres aux estampes japonaises : formes soigneusement délimitées, compositions faisant appel à la force des diagonales, sensation d’apesanteur se dégageant de la création, recherche de l’intensité émotionnelle, ou en faisant plus ouvertement un clin d’œil à Hokusai, l’un des grands maîtres de cet art (en évoquant dans son tableau The end of the white whale La grande vague de Kanagawa, véritable ode graphique à la gloire de l’océan), que Mathieu Venon a voulu témoigner tant de la majesté et de la beauté naturelles des baleines que des traques et des souffrances qu’elles endurent.

Il s’est fait l’écho de leur martyre, de leurs errances, de leur impuissance… mais a tenu également à leur rendre un hommage vibrant en les dépeignant dans toute leur grandeur, dans toute leur splendeur, évoluant librement, s’ébattant joyeusement dans un océan immaculé… où l’homme, et son éternelle cupidité, demeurent absents.


Peggy Bonnet Vergara,
historienne d’art


Mathieu Venon (Pictor culinarius noumeaensis)

Comportement
Cette espèce discrète et amphibie se nourrit d’art premier et de peinture. Travailleur infatigable, le Mathieu Venon aime chasser l’inspiration dans la forêt tropicale et en bordure d’océan, mais il est aussi capable de séjourner deux saisons consécutives dans la moiteur d’un atelier en période de gestation. Peu farouche, il se laisse volontiers approcher par ses congénères mâles et femelles afin d’enseigner son art de la texture ou de partager l’expérience de ses voyages esthétiques. Véritable alchimiste, il sert une œuvre à consommer sans modération, comme un repas cosmique saupoudré d’étoiles.

Aire de répartition
S’il fait preuve d’une affection particulière pour les biotopes océaniens (il aime s’ébattre dans le lagon calédonien à la saison des amours), on a également répertorié sa présence dans les milieux artistiques européens, polynésiens et asiatiques.

Identification
- Reconnaissable à ses yeux bleu lagon.
- La plupart des spécimens observés sont filiformes.
- Identifiable à l’aspect anthropomorphe de ses nageoires caudale et ventrales, dont il se sert pour se déplacer en milieu urbain où il étudie régulièrement les us et coutumes de ses congénères.
- Le spécimen ici représenté est né en 1970.

Stéphane Camille 2008


Remerciements à :

Gilbert Bladinières, des éditions Madrépores,

Stéphane Camille pour sa plume,

Marc Le Chélard pour la photographie,

Claire Garrigue pour l’enregistrement du fond sonore,

Anne Afendikov pour la scénographie,

Laurent Lange pour la lumière,

Et à tous ceux qui ont soutenu Chaque baleine est une île.

Mathieu Venon

09:13 Publié dans peinture 2008 : Chaque baleine est une île | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bonjour Mathieu, tout cela m'a l'air formidable ! Je suis en arrêt maladie, ce qui explique mon absence à ton vernissage mais je vais y aller vite. Tu sais que les baleines font aussi partie de mon univers poétique (cf: Les Baleines dans le recueil Jardin intérieur). J'aimerais bien t'envoyer une ou deux photos de la maison de mon frère(enfin l'ancienne maison...) à St Pierre-et-Miquelon, il y a dans le jardin à l'entrée, une voûte constituée d'os de baleines qu'il avait ramassés sur le rivage. C'est impressionnant et ces photos vont avec ma poésie. Dis-moi comment te les envoyer.
Je t'embrasse et à bientôt Catherine Laurent

Ecrit par : Catherine Laurent | 14.05.2008

Bonjour,

Je suis émilie gasc animatrice pour couleur 3 en Suisse, j'aimerais vous proposer de nous parler de votre travail sur Allô t'es où? émission de libre antenne et d'ouverure à de nouveaux horizons!

à bientôt j'espère!

émilie

http://www.couleur3.ch/fr/rsr.html?siteSect=5000&programId=241333&rubricId=3070

Ecrit par : émilie Gasc | 19.05.2008